Celle du couple que formaient Madame F et Monsieur W. Ils eurent de nombreux enfant, dont leur ainée, la grande Belgique. Seulement, l'amour, ça ne se commande pas, et un beau jour, Madame F se rendit compte qu'elle n'avait plus sa place auprès de Monsieur W.

Enfin, quand je dis "un beau jour", tout ça n'est pas arrivé de rien. Durant les débuts de leur relation, Monsieur W n'a pas toujours été plein de scupules et d'attentions... Il avait regardé de loin Madame aller travailler sous ses ordres dans des usines et se débattre dans une pauvreté que les gens de sa propre caste bourgeoise ne connaissaient pas. Mais, sûrement parce que Madame à cette époque-là était bien jeune et bien faible, le mariage avait tenu. Monsieur W s'était peu à peu rendu compte de ses maladresses, et au fur et à mesure, avait changé.

Plus tard pourtant, sa rancoeur ne s'était donc pas atténuée. On peut même dire qu'ils en étaient arrivés à un point dans leur relation où ils ne parlaient plus la même langue...

Ses protestations commencèrent donc. Elle se plaignit de n'être plus satifaite par les performances de Monsieur W au lit. Elle l'accusa d'être toujours obligée de s'investir plus que lui. Puis ce fut au tour des enfants, elle disait qu'elle devait toujours s'en occuper à la place de Monsieur W.

Pourtant, Monsieur refusait d'abandonner Madame, il croyait envers et contre tout qu'une réconciliation était possible, ne fut-ce que pour ses enfants. Belgique était particulièrement fragile, elle l'aurait plus que mal vécu si quelque chose n'allait pas entre ses parents.

Mais l'inévitable ne put être évité. Madame demanda le divorce.

Monsieur aurait été d'accord pour un arrangement à l'amiable : vivre encore sous le même toit, juste pour garder la face devant les enfants, même s'ils ne dormaient plus dans le même lit. Mais non, Madame voulait tout : la maison, les enfants, les indemnités.

À ce jour, ils sont encore tout deux à se débattre dans des procédures administratives sans fin. Et chaque jour, leur grande Belgique perd de ses couleurs...

Triste histoire, n'est-ce pas ?

Vous n'aurez pas besoin de mon aide pour tirer les parallèles.

Quand on veut faire un travail en binome, on ne peut pas le faire tout seul. Les Wallons auront bon prier, pleurer, manifester, crier "au nom de la moule et des steaks-frites !", rien ne changera. Les Flamands n'ont plus envie de faire équipe.

Et si on me réplique que je généralise, que des Flamands étaient à la manif, et bien je répliquerai tout simplement que toute cette population a voté.

Alors qu'on arrête de me tenir des discours comme quoi "ce sont les politiques qui sont pourris dans cette affaire", "sans tout ce ramassis d'hypocrites, on en serait pas là".

Allez-y, vous tous qui dites ça, à leur place, arrangez les bidons puisque vous êtes si intelligents !

Ces gens qui sont au pouvoir, que ce soit du côté francophone ou néérlandophone, ce sont nous qui les y avons mis. Donc non, je n'ai pas peur de dire que la grosse majorité des Flamands ne tiennent plus vraiment à leur Belgique.

C'est vrai, les médias n'ont pas joué le beau rôle non plus en occultant, d'un côté comme de l'autre, tout ce qui se passait chez les voisins. C'est vrai, nous sommes tous plus ou moins manipulés. Mais ces constatations ne changent rien au fait concret que, mis à part quelques symboles nationaux aussi dérisoires que quelques recettes culinaires, nous sommes devenus des étrangers les uns pour les autres. Nous n'avons pas la même langue, pas la même culture, et même pas le même sens de l'humour...

Ce qui m'attriste vraiment, ce que contrairement à ce que certaines personnes voudraient nous faire croire, nous avons le même passé. Il nous suffit de regarder tous ces visages ridés qui ont connu la guerre, qui se sont battu pour la Belgique, pour nous en convaincre. Qu'on en soit arrivés là, qu'on ait pas mélangé dès le début les deux communautés linguistiques, que la Belgique ne soit pas entièrement bilingue des pieds à la tête, oui, c'est un beau gachis.

Il n'empêche qu'au jour d'aujourd'hui, je ne me sens Belge que d'un passé, et que de quelques symboles. Et tout ce qui se passe aujourd'hui me fait souhaiter autre chose qu'un futur commun.

Et que les séparatistes en lisant ça ne croient pas qu'ils ont gagné. S'il y a bien une chose de certaine dans toute cette crise, c'est que nous en sortirons tous éclopés et perdants.


*EDIT*

Après petite vérification historique, je me dois de nuancer un passage de mon texte. Je dis plus haut qu'il fut un temps où Monsieur W exploitait en quelque sorte Madame F. Ca n'est pas exactement ça... La bourgeoisie de l'époque dont je parle était bien francophone, mais surtout francophile. C'est à dire que certains (même si ce n'était peut-être pas la majorité, loin de là) Flamands devenus francophones en faisaient partie aussi ! Et les Wallons n'étaient pas spécialement riches, ils étaient pour la plupart des paysans, mais attention, des paysans qui s'exprimaient en Wallon, et ne comprenaient pas le français. Ce n'est qu'après que les gens ont confondu la bourgeoisie francophile de l'époque et les Wallons. Monsieur W n'est donc pas vraiment en tort dans tout ça...

* Re-EDIT *

Bastien en parle aussi, et encore plus intelligemment que moi.